Chirurgie plastique : entretien avec le Dr David Passy

7/02/2012 3 commentaires

Le Brésil est connu comme l’un des pays réalisant le plus d’interventions de chirurgie plastique au monde, après les Etats-Unis, et devant la Chine. Rien qu’en 2009, plus de 645 000 chirurgies plastiques ont été ainsi réalisées dans le pays : 69% concernaient des interventions de chirurgie esthétique et 31% de chirurgie réparatrice. Les premières clientes ? Les brésiliennes, même si la réputation des médecins brésiliens attire des patients venus du monde entier.  Le Dr David Passy, chirurgien plasticien à Rio de Janeiro, fait le point avec nous sur cette spécialité dans laquelle les brésiliens brillent, à la fois comme les meilleurs experts au monde…mais également parmi les plus grands consommateurs.

 

Les BRASILEIROS : Pouvez-vous me parler de votre profession ?

Dr David Passy : La chirurgie plastique n’est pas seulement synonyme de “beauté”. C’est une spécialité qui traite également les déformations congénitales ou non. En théorie, la chirurgie plastique peut donc être subdivisée en “esthétique” et “réparatrice”. Dans la pratique, il se peut que la frontière entre les deux soit ténue, pas très claire.

 

Les BRASILEIROS : Quelle est la formation nécessaire pour être chirurgien plasticien au Brésil ?

Dr D.P :  La formation de chirurgien plasticien spécialisé est difficile, exigeante et longue. C’est seulement après onze années d’études et de formation (six ans de médecine, deux ans de chirurgie générale et trois ans de chirurgie plastique) que le médecin pourra être titularisé. Et c’est uniquement en apportant la preuve de cette formation, qu’il recevra le titre de “Membre Titulaire Spécialisé” de la Sociedade Brasileira de Cirurgia Plástica.

 

Les BRASILEIROS : La chirurgie plastique est-elle brésilienne ?

Dr D.P : Non, la chirurgie plastique date de temps très anciens. Dès l’antiquité, nous trouvons des cas de chirurgie qui avaient pour objectif la réparation et la correction esthétique. Il existe des travaux de cette époque (Inde,1000-2000 avant J-C) décrivant la réparation de l’amputation du nez, pratique qui punissait le crime d’adultère. Les Romains,  au Ier siècle avant J-C, étaient également capables de réaliser des opérations simples telles que la réparation des oreilles abîmées. Même si cela suppose que la chirurgie plastique existe depuis des milliers d’années, ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale  que les interventions réparatrices se sont réellement généralisées. En tant que spécialité médicale, elle est née des horreurs de la Première Guerre mondiale. Outre le fait que des milliers de soldats moururent, des millions d’autres ont été mutilés ou atrocement défigurés, appelant par là même un traitement chirurgical spécialisé.

 

Les BRASILEIROS : Quel rôle a joué l’éminent Professeur brésilien Ivo Pitanguy dans le domaine de la chirurgie plastique ?

Dr D.P : Le Professeur Pitanguy est un des piliers de la chirurgie plastique, au Brésil et dans le monde. Il est considéré comme le patron de la chirurgie plastique au Brésil. Grâce à ses travaux, et à ceux d’autres collaborateurs brésiliens, la chirurgie plastique brésilienne est devenue une référence mondiale.

 

Les BRASILEIROS : La chirurgie plastique au Brésil : est-elle beauté, bien-être ou santé ?

Dr D.P : Un peu tout cela. Avec certitude aujourd’hui, avoir une image de soi négative est perçu comme un problème de santé. Le Brésil est considéré comme le meilleur endroit pour la chirurgie esthétique au monde. A Rio de Janeiro, le nombre de patients étrangers qui viennent pour faire une intervention de chirurgie est très important.

 

Les BRASILEIROS : Que pensez-vous du “culte du corps” au Brésil ?

Dr D.P : Il y a des gens qui transfèrent sur leur corps leurs problèmes d’ordre psychologique et qui veulent se voir sous une forme absolument irréelle. Parfois, le chirurgien plastique doit dire “non” et refuser d’opérer. Nous ne pouvons pas donner à notre patient la jeunesse, mais seulement son illusion. Il existe une tendance très importante à ce que les chirurgies plastiques ne se remarquent pas, à ce que le patient opéré ne paraisse pas l’avoir été, à ce que tout semble naturel. Pour ce faire, il existe de nombreux moyens auxiliaires qui peuvent aider dans la pratique de la chirurgie plastique. Comme je l’ai dit auparavant, l’essentiel tient dans le bon sens et dans la nécessité à ne pas perdre l’objectif d’un résultat naturel. En évitant par exemple les prothèses surdimensionnées par des remplissages artificiels excessifs, les botox exagérés ou les visages figés.

 

Les BRASILEIROS : Ce souci de l’apparence chez les brésiliens se constate-t-il aussi bien chez les hommes que chez les femmes ?

Dr D.P : Les hommes également font appel au chirurgien plasticien. De nos jours, la concurrence sur le marché du travail exige une bonne apparence.

 

Les BRASILEIROS : Dans toutes les classes d’âges ?

Dr D.P : Oui

 

Les BRASILEIROS : Dans toutes les classes sociales ?

Dr D.P : A l’origine, la chirurgie plastique était réservée aux classes sociales les plus favorisées. Aujourd’hui, tout le monde y a accès. Dans les hôpitaux publics et universitaires, les classes les moins privilégiées peuvent être prises en charge. (NDLR : selon les chiffres, 88% des interventions sont réalisées dans des hôpitaux privés ou des cliniques vs 12% seulement dans des hôpitaux publics)

 

Les BRASILEIROS : Tout le Brésil est-il concerné ou seulement les régions Sud et Sudeste ?

Dr D.P : Dans la région Sudeste, où la densité de la population et le pouvoir d’achat sont plus importants, le nombre de chirurgies plastiques tend a être également plus important.

 

Les BRASILEIROS : Quels sont les critères de beauté des brésiliens ?

Dr D.P : Si nous nous référons à la beauté humaine, entrent en jeu d’innombrables facteurs qui, en temps normal, ne s’appliqueraient qu’aux objets ou aux évènements. La beauté est un concept social qui est la plupart du temps le résultat du croisement de divers facteurs biologiques, sociaux, climatiques, environnementaux et historiques. Dans les années 90, il y a eu la tendance, induite par les médias, du corps mince, conduisant beaucoup de femmes à l’anorexie. L’autre critère important pour la beauté humaine est la symétrie. Les enquêtes récentes montrent que les visages symétriques tendent à être considérés comme plus beaux que ceux qui sont asymétriques. La beauté tend à transcender le physique.

 

Les BRASILEIROS : Quelles sont les interventions de chirurgie plastiques les plus réalisées au Brésil ?

Dr D.P : Pour les femmes, les prothèses (augmentation) mammaires, la lipoaspiration et les liftings faciaux. Pour les hommes, la blépharoplastie (chirurgie des paupières), la lipoaspiration et les liftings faciaux.

 

Les BRASILEIROS : Au Brésil, le caractère multiracial de la population rend-il votre travail plus difficile ?

 Dr D.P : Non, au contraire cela le rend plus intéressant. Nous sommes amenés, par exemple, à traiter diverses formes de nez et d’yeux. L’essentiel est de conserver l’identité raciale de la personne, en maintenant ses caractéristiques.

 

Les BRASILEIROS : Les chiffres montrent que les adolescentes brésiliennes auraient tendance à être tentées très jeunes par la chirurgie plastique. Qu’en pensez-vous ?

Dr D.P : Nous devons faire très attention en opérant des adolescentes qui ne sont pas préparées à vivre avec une cicatrice qui sera définitive. Les parents que  nous rencontrons avec leurs enfants, et qui leurs offrent une chirurgie plastique comme cadeau d’anniversaire ou de Noël, sont réellement absurdes. Une adolescente n’est pas préparée à une prothèse mammaire ou à une lipoaspiration en deça de l’âge de 18 ans. En revanche, dans le cas où le manque de confiance en soi se transforme en un problème de santé, la chirurgie est conseillée. Je peux citer comme exemple le cas des oreilles en éventail, qui peuvent générer des problèmes psychologiques et qui doivent être opérées à partir de 4 ans. Celui des seins trop volumineux, qui provoquent des problèmes posturaux et sociaux, peuvent être opérés à partir de l’âge de 13 ans. La seconde enquête de 2009 de Datafolha/S.B.C.P, révèle que plus de la moitié des jeunes brésiliens sont satisfaits de leur apparence, et que, parmi les insatisfaits,  les jeunes filles arrivent en tête, devant les jeunes garçons. Cette différence a des répercussions sur la chirurgie plastique entre les sexes, puisque quasiment 90% des interventions esthétiques sont réalisées sur des femmes. Souvent, nous devons savoir dire “non” et refuser d’opérer ces patientes qui n’en ont pas besoin, ou qui recherchent  des résultats impossibles à réaliser.

 

Les BRASILEIROS : Est-il “tabou” au Brésil de dire que l’on a fait une chirurgie plastique ?

Dr D.P : Au Brésil, contrairement à l’Europe, les patients ne cachent pas qu’ils ont subi une intervention de chirurgie esthétique.

 

Les BRASILEIROS : Où sont les limites de la chirurgie plastique ?

Dr D.P : La chirurgie plastique est une spécialité chirurgicale, sujette à des risques, comme n’importe quelle autre. On ne peut pas imaginer que faire une “plastique” est la même chose que d’aller chez le coiffeur. On doit se renseigner sur la réputation du chirurgien. Au Brésil, la Sociedade Brasileira de Cirurgia Plástica met à disposition, sur son site, la liste des chirurgiens qui sont habilités à pratiquer des interventions.  Il est également important de s’informer sur l’hôpital où sera réalisée l’intervention, notamment pour savoir si celle-ci dispose d’un centre chirurgical bien équipé.

 

Les BRASILEIROS : Quelles sont les évolutions importantes dans la chirurgie plastique ?

Dr D.P : Cette dernière décennie a sans doute marqué le développement technologique des prothèses de silicone qui ont permis de meilleurs résultats et davantage de sécurité pour les patientes.  Les hommes brésiliens se sont mis a vénérer les poitrines généreuses sous l’influence de la culture étrangère. Une prothèse de taille raisonnable accentue les contours féminins et la grâce d’une femme, ce qui n’est pas le cas quand elle est trop importante.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Aujourd’hui, nous utilisons la graisse aspirée, que nous réinjectons dans d’autres endroits pour améliorer les imperfections. Les techniques qui utilisent les cellules souches ont fortement amélioré les résultats des interventions. Sans aucun doute, elles seront une grande avancée dans la chirurgie plastique, principalement dans le domaine des greffes et dans le traitement des grands brûlés.

 

Les BRASILEIROS : Est-il cher de faire une chirurgie plastique au Brésil ?            

Dr D.P : Tout dépend de ce que l’on considère comme cher. Peut-être est-il meilleur marché de faire des allées et venues dans un salon de beauté ou des séances de massages.

 

Les BRASILEIROS : Ne pensez-vous pas que le culte du corps au Brésil encourage l’activité de “charlatans” qui pourraient proposer des interventions bon marché ?

Dr D.P : Il est nécessaire de faire attention aux publicités qui promettent des résultats miraculeux, comme des chirurgies réalisées dans le cadre de cabinets de consultation. Le choix du professionnel et de l’hôpital sont des éléments essentiels pour le succès d’une intervention.

 

Les BRASILEIROS : Au final, pensez-vous que les brésiliens sont bien dans leur peau ?

Dr D.P : Oui, aujourd’hui nous avons divers modèles brésiliens qui réussissent dans le monde. Tous les excès doivent être considérés comme de mauvais résultats. L’important est que le résultat soit naturel, que personne ne remarque qu’une chirurgie a été réalisée, mais seulement une modification qui apporte un rafraîchissement de l’apparence, comme une touche de naturel. La beauté est ce voient que nos yeux…la mode passe, mais les cicatrices restent.

 

© Propos recueillis par Laurence de Raphelis-Soissan pour Les BRASILEIROS

 

 

Références :

IBOPE

Sociedade Brasileira de Cirurgia Plástica (SBCP)/Instituto Datafolha

 

 

Mots-clés : STYLE DE VIE
3 commentaires to “Chirurgie plastique : entretien avec le Dr David Passy”
  1. juju29 says:

    très intéressant !

  2. Belle says:

    Bonjour,

    Cela donne envie d’aller se faire opérer au brésil.Mais s’il y a des problèmes ou complications imprévisibles ?Et ne faut-il pas d’abord une visite pour faire l’état des lieux de ce qu’il faut opérer?Faut-il prévoir un mois ,deux mois,trois mois pour y rester après une chirurgie,par précaution.?Selon quel coût?le voyage!la chirurgie!l’hôtel!…Le retour.C’est une aventure!sans compter la maffia qui agresse paraît-il les touristes!
    Qui a eu des expériences ?Qui est parti au brésil?quant au dr Pitanguy,n’est -il pas trop vieux?serait -on ses” cobayes” pour les médecins qu’il voudrait former?ou n’opère-t-il que les amis milliardaires?

  3. Miranda says:

    Moi je suis contente de mon intervention chirurgicale et je ne remercierais jamais asse le Dr. David Passy .

    Mickelly Miranda

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