Une épidémie de poids

28/10/2011 2 commentaires

Ces trois dernières décennies, le Brésil est passé par une impressionnante transformation. De pays rural, il s’est transformé en une société urbaine et industrielle, laissant derrière lui des indices honteux comme celui de la mortalité infantile et, dans une moindre mesure, celui de l’analphabétisme. Il a dompté l’inflation et consolidé une augmentation substantielle du revenu de sa population. Cette conjonction de facteurs a permis de réduire drastiquement l’historique problème de la malnutrition au Brésil. Il en a résulté un impressionnant changement dans le physique du brésilien. Le déficit de taille, indice de malnutrition chez les enfants, est passé de 30% à moins de 10%. Mais, dans le même temps, le brésilien a gagné du poids, beaucoup de poids. Ce phénomène est aujourd’hui considéré comme une épidémie tant son rythme de croissance est vertigineux.

Par Laurence de Raphelis-Soissan

 

L’obésité au Brésil : les chiffres

  • Dans la tranche d’âge 5-9 ans : plus de 34% des enfants se situent au dessus du poids normal, correspondant à leur âge et recommandé par l’OMS. En 20 ans, les cas d’obésité ont plus que quadruplé chez les enfants de 5 à 9 ans. Ils concernent aujourd’hui 14% de cette population : 16 % des garçons et 12% des filles. C’est dans cette population que l’obésité croit le plus rapidement.
  • Dans la tranche d’âge 10-19 ans : 21% de la population se situe au dessus du poids normal ; ce taux a été multiplié par 7 en 30 ans. L’obésité concerne aujourd’hui 5% de la population : 6% des filles et 4% des garçons. 27% de ces jeunes en situation de surpoids sont originaires des régions Sudeste, Sud et Centre Ouest. Le surpoids est par ailleurs trois fois plus important chez les adolescents évoluant dans une classe supérieure à hauts revenus.
  • Dans la tranche 20 ans et plus (adultes) : l’excès de poids chez les hommes est passé de 18,5% à 50,1% en 30 ans, et, celui des femmes, de 28,7% à 48%. 14% des adultes sont obèses : 12% sont des hommes et 16% des femmes. La region Sud concentre le plus grand nombre de personnes en situation de surpoids, mais également les plus forts taux d’obésité. 61% des hommes présentant un surpoids ont un revenu élevé alors que ce phénomène se constate dans toutes les classes de revenus chez les femmes.
  • En 30 ans, le nombre de personnes atteintes d’obésité morbide a plus que doublé au Brésil. Plus de 600 000 personnes, en majorité des femmes, en sont atteintes. Sur l’année 2010 seulement, 2 700 chirurgies de réduction de l’estomac ont été effectuées. Cette maladie se constate en majorité dans les Etats du Sudeste et Sud du Brésil et ensuite dans le Centre et le Nordeste. L’obésité en soit est une épidémie mais l’obésité morbide peut également se répandre si les gens ne font pas attention.

 

 

Quels sont les facteurs qui expliquent cette épidémie ?

  • Le style de vie moderne d’une manière générale, combinant sédentarisme et accès facile aux aliments industrialisés, est la cause principale de ce que les médecins appellent « l’épidémie de l’obésité ».
  • Les dures conditions de vie d’une bonne partie des adultes brésiliens durant leur enfance : les personnes qui sont nées avec un poids faible ou qui se sont mal alimentées pendant leur petite enfance, peuvent avoir altéré l’équilibre de leur organisme.
  • L’ascension sociale et la « transition de la nutrition »: l’augmentation du revenu moyen ces dernières années a encouragé le passage d’un régime alimentaire fait d’aliments basiques, à un régime modernisé avec des aliments de niveau énergétique supérieur. L’ascension des brésiliens les plus pauvres a permis à ce que la faim ne soit plus un problème généralisé, mais a accentué le problème de la qualité de l’alimentation.

Prenons pour exemple le riz et les haricots, aliments qui composent traditionnellement les repas brésiliens. Une étude révèle que sur les 30 dernières années, la consommation de riz par habitant a chuté de 40,5% et celle des haricots de 26,4%. Parallèlement, les aliments industriels (biscuits, boissons gazeuses,etc) ont gagné de l’importance pour représenter 18,4% des sources d’énergie consommées. Beaucoup de ces aliments sont par ailleurs consommés à l’extérieur de la maison, comportement qui déjà faisait parie des habitudes comportementales de 40% des brésiliens.

Et, selon les chiffres :

 82% de brésiliens consommeraient trop de graisses.

70% de brésiliens consommeraient trop de sel. 12 grammes par jour : c’est la consommation moyenne quotidienne de sel des brésiliens alors que l’OMS recommande à peine 5 grammes.

61% consommeraient trop de sucre.

28% consommeraient des boissons gazeuses 5 fois par semaine ou davantage.

18% seulement consommeraient l’apport quotidien recommandé des fruits et légumes.

  • Le revenu familial influence la prévalence d’excès de poids et d’obésité. Dans les familles les plus pauvres, l’excès de poids concerne 36,9% des hommes adultes et 45% des femmes adultes. Dans les familles les plus riches, l’excès de poids concerne 61,8% des hommes adultes et 47,4% des femmes adultes.
  • L’urbanisation facilite l’accès aux produits industrialisés et la pression de l’industrie alimentaire. Aujourd’hui il est plus facile d’accéder à des aliments obésigènes que des aliments sains comme des fruits ou des légumes.
  • Le manque d’activité physique : seulement 15% des brésiliens pratiqueraient une activité physique régulièrement. La notion « d’activité physique » est même nouvelle en soi ; auparavant, elle était naturelle.
  • L’information : les brésiliens ne sont pas particulièrement intéressés à s’informer sur les bénéfices ou non des aliments qu’ils consomment.
  • Les politiques de production et de distribution des aliments : aujourd’hui ces politiques sont gouvernées par les lois du marché et ces dernières ne vont pas forcément dans le sens de la santé. Elles privilégient des ingrédients meilleurs marchés et de la nourriture fabriquée pour la distribuer où il y a un marché. Les sociétés qui sont saturées dans les marchés développés cherchent à tirer profit des économies ayant des revenus plus bas.

 

 

Les mesures prévues par le Gouvernement pour endiguer l’épidémie…

Des données de l’OMS confirment, qu’en parallèle avec la croissance rapide de leur PIB, le surpoids et l’obésité ont déferlé à toute vitesse dans des pays comme le Brésil, la Chine, l’Inde ou l’Afrique du sud. Connus par le passé pour leur difficulté à alimenter leurs populations, ces pays aujourd’hui se débattent avec des problèmes de nature opposée, un phénomène que les spécialistes appellent « double charge ». Les Gouvernements des pays émergents ont donc senti l’urgence d’adopter des mesures pour combattre l’obésité.

Ces dernières années, les politiques du gouvernement brésilien n’ont pas réussi à faire disparaître le problème du surpoids et de l’obésité dans le pays. Si ce dernier continue à évoluer au rythme actuel, les spécialistes estiment qu’il atteindra en 2022 le niveau des Etats-Unis.

Réduire la prévalence de l’obésité chez les enfants et les adolescents et empêcher la croissance du problème chez les adultes feront partie des mesures du Ministère de la Santé pour les dix prochaines années, prévues dans le Plan des actions de lutte contre les maladies chroniques non transmissibles. Dans ce cadre, il est prévu d’informer davantage la population sur les conséquences de l’obésité et sur l’importance de prévenir l’apparition précoce de maladies découlant de l’excès de poids.

Par ailleurs, le Ministère de la Santé prépare pour 2012 un Plan de prévention et de contrôle de l’obésité qui aura pour objectif de promouvoir auprès de la population brésilienne un mode de vie alimentaire adéquat et sain.

 

Références :

Fundação Getúlio Vargas

Pesquisa de Orçamento Familiar (POF), IBOPE

Ministério da Saúde

 

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Mots-clés : , SOCIÉTÉ
2 commentaires to “Une épidémie de poids”
  1. Agnès says:

    Super article : des chiffres (pertinents) et pas seulement, un constat, des éléments d’explications et une vision sur les solutions… Qui plus est, bien écrit !
    Merci Laurence. Je ne me lasse pas des Brasileiros.com !

  2. christophe says:

    Bonjour ,

    Je vis au bresil depuis plus de 6 ans .. concernant l’alimentation “locale ” hormis pour la classe A et B ( revenus superieur a 10000 reais pour la classe A pour la B cela doit etre entre 6 et 10000 Reais ) mais cela ne represente que 5 % de la population ..pour les autres classe C,D,E,F l’alimentation se resume a ARROZ -Feijao , farofa, farinha , peixe frito , bife et ovos .. les pizzas locales sont composée d’une pate fine avec 2 cm de fromage 1/4 de jambon et de l’origan point final .. + Mayonnaise et ketchup pour augmenter les calories .. quant aux ” refrigerantes ” ( sodas ) c’est presque sous perfusion !!! ça doit froler 50 litres / habitant /an .. resultat les jeunes de 20-25 ans sont obeses .. sans parler des plus vieux .. le systeme de santé sauf “plano de saude ” ( plan de santé ) coute en moyenne pour un couple et un enfant dans les 450 Rs (188 euros sur la base de 2,4 euros pour 1 real ) sauf que .. les medocs sont pour votre pomme !!! evidemment en regardant les novelas ! ou les gens sont beaux , jeunes et super friqués ..l’opinion est différente

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