Radiographie de la nouvelle classe moyenne

1/11/2011 Aucun commentaire

Economistes, leaders politiques, marketeurs ou communicants… tous ont les yeux rivés vers celle que l’on appelle la « nouvelle classe moyenne » brésilienne, ou « classe C ». Il est vrai que cette classe, qui a plus que doublé ces dernières années du fait de l’émergence de millions de personnes sorties de la pauvreté, pèse lourd. Elle représenterait, en 2011, 55% de la population brésilienne (105 millions de personnes) et détiendrait plus de 46% du pouvoir d’achat du pays. Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle classe moyenne, clé de voûte de la consommation dans le pays ?

Par Laurence de Raphelis-Soissan

 

 L’ascension de millions de personnes sorties de la pauvreté…

L’évolution de la classe moyenne brésilienne ces dernières années est avant tout l’histoire d’un gigantesque processus de mobilité sociale. En effet, sur les 39 millions de personnes qui l’auraient intégrée entre 2003 et 2008, 32 millions d’entre elles seraient issues des classes les plus pauvres du pays (classes D et E). Ces émergents ont en commun une augmentation de leur pouvoir d’achat qui leur a ouvert les portes de la consommation vers des produits qui n’étaient pas à leur portée auparavant. (Les principaux secteurs qui ont bénéficié de cette ascension sont ceux de l’alimentation et de la construction. Les secteurs de la restauration, du tourisme, du luxe et des loisirs sont également en croissance.)

Différents facteurs expliquent cette ascension des classes les plus pauvres vers la classe moyenne : l’augmentation du revenu minimum au Brésil depuis 10 ans, l’accès plus important à l’éducation et au crédit, la croissance de l’emploi et les politiques sociales qui ont été menées.

Avec ces nouveaux entrants, la classe moyenne s’hétérogénéise.  Cette population a en effet peu de points communs avec les fonctionnaires publics ou les professions libérales qui constituent traditionnellement la classe moyenne brésilienne. Ne serait-ce qu’au niveau de la scolarité, son niveau est très inférieur.

 

 

Un profil jeune, afrodescendant, urbain, peu scolarisé…

  •  51% seraient des femmes

Les femmes de la nouvelle classe moyenne font d’ailleurs l’objet de toutes les attentions. Elles dirigent la vie financière du ménage et ont le pouvoir de décision dans le foyer. Elles travaillent, participent à hauteur de 37% au revenu moyen de cette classe (qui devrait atteindre R$ 158 milliards d’ici à la fin de cette année) et en possèdent 62% des cartes de crédit. Elles étudient et gagnent souvent plus que leurs maris ; elles ne se contentent pas d’un salaire, elles ont l’ambition également de réussir leur carrière.

  • 53% auraient entre 20 et 65 ans (18% entre 15 et 24 ans)
  • 55% seraient noirs, mulâtres, pardos, métis, indiens ou asiatiques, et 45% seraient blancs
  • 48% vivraient dans le Sudeste du pays ; ils se concentreraient dans les zones urbaines et les villes de petites tailles
  • 63% auraient un à deux enfants
  • 63% ne dépasseraient pas 11 ans de scolarité
  • 60% auraient un emploi, 4% seraient sans emploi et 36% seraient inactifs. Ils représenteraient par ailleurs 58% du marché du travail brésilien.
  • Dans la majorité des familles de cette nouvelle classe, les parents seraient encore mécaniciens, maçons, employées domestiques ou cuisinières. Et les enfants vendeurs dans des magasins, opérateurs de télémarketing ou réceptionnistes. Toutefois, ces derniers étudieraient plus longtemps que leurs parents, occuperaient des fonctions moins traditionnelles et auraient de meilleurs revenus.

 

 

Une ascension limitée ?

  • Une partie importante de cette population serait composée de micro-entrepreneurs qui n’ont pas de formation suffisante pour gérer et faire prospérer leur activité. Beaucoup d’entre eux travailleraient par ailleurs “au noir” , ce qui compliquerait leur accès au crédit, ainsi que leur possibilité de contracter avec des entreprises importantes.
  • Du point de vue sociologique, cette nouvelle classe moyenne, du fait de son faible niveau d’instruction et de culture, a un réseau social très étroit. Son monde est réduit à la famille, au quartier, à ses préoccupations immédiates. Or le réseau est vital pour espérer une ascension sociale (appartenance à des partis politiques, des associations, des syndicats…).
  •  Ce qui définit une classe moyenne est la stabilité de ses revenus mensuels, ce qui est loin d’être le cas dans la classe moyenne brésilienne. Même si cette population estime que sa situation s’est améliorée ces dernières années, le chemin est encore long pour arriver, par exemple, au niveau de la classe moyenne américaine.
  •  Cette classe s’efforce de se rapprocher des classes A et B, supérieures, qui ont des plans de santé, scolarisent leurs enfants dans des écoles privés ou investissent. Mais, d’après les statistiques, elle est encore loin de ce niveau de vie.
  •  Le développement durable de cette classe enfin, est tributaire du maintien du cycle de la croissance économique actuelle. Les analystes prévoient d’ores et déjà la continuité de sa croissance dans les prochaines années et estiment qu’elle pourrait représenter 58% de la population en 2014.

 


Références :

A Nova Classe Média: O Lado Brilhante dos Pobres, Fundação Getulio Vargas

Os emergentes dos emergentes, Fundação Getulio Vargas

O Observador, Cetelem 2010

Classe C Urbana do Brasil, Target Group Index, IBOPE Midia

A Classe Média Brasileira – Ambições, Valores e Projetos de Sociedade? de Bolivar Lamounier et Amaury de Souza

Classe Média em Números, Secretaria de Assuntos Estratégicos (SAE)

Instituto Data Popular

 

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Mots-clés : , SOCIÉTÉ

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