Morts sur les lignes

2/01/2012 Aucun commentaire

Les combats de cerfs-volants sont une activité très populaire au Brésil. Ils trouvent leur terrain de prédilection dans les faubourgs des villes, et plus particulièrement les favelas où les jeunes brésiliens s’adonnent avec frénésie à ce jeu ancestral. L’utilisation d’une substance coupante appelée “cerol” sur les lignes, associée à l’absence de réglementation et de terrain de jeu approprié, ont transformé certains cerfs-volants en armes de guerre.

Par Laurence de Raphelis-Soissan

 

Objectif : couper tout ce qui vole

Fabriqué avec du papier de soie, des baguettes et du fil de coton, le cerf-volant brésilien ou pipa a par ailleurs la particularité d’avoir une longue queue, appelée rabiola, faite d’un seul fil sur lequel on fixe des bandelettes de papier ou de plastique.

Le combat de cerf-volant consiste à couper, avec sa propre ligne, la ligne de retenue des cerfs-volants de ses différents adversaires. Dans la tradition, le fil coupant appelé Manjha est un fil fin de coton ou de lin enduit d’une matière composée de verre pilé ou de quartz et d’une résine d’amidon ou de blanc d’oeuf. Ce jeu, technique et potentiellement dangereux, demande beaucoup de vigilance tant dans sa pratique qu’au niveau du terrain de jeu sur lequel il est exercé.

 

Le Diable cerol

Pour rendre la ligne de leur cerf-volant coupante, les pipeiros (nom donné aux utilisateurs de cerfs-volants au Brésil) l’enduisent d’une substance artisanale appelée “cerol”.

Le cerol est un mélange de colle de cordonnier et de verre broyé. Cette texture, appliquée sur la ligne, la transforme en un véritable rasoir, causant de nombreux accidents mortels. Régulièrement, les manchettes des journaux se font écho d’accidents dont sont victimes les motocyclistes et les cyclistes, égorgés ou sérieusement blessés après avoir croisé dans leur élan une ligne non maîtrisée.

D’autres produits incisifs sont également utilisés, comme la poudre de fer. Cette matière provoque des accidents plus graves encore car elle conduit l’électricité. Aussi, si la ligne d’un cerf-volant a le malheur de s’enrouler aux fils de haute tension, elle provoque des courts-circtuits ou la mort par électrocution de son propriétaire. Devant le nombre croissant de coupures électriques causées par les cerfs-volants, l’opérateur brésilien Light a  d’ailleurs mené en fin d’année dernière une campagne d’information sur les dangers d’utiliser les cerfs-volants  à proximité des réseaux électriques.

 

Où en est la réglementation sur le sujet ?

Le Brazilian Kite Club, le club des utilisateurs de cerfs-volants, adopte une position très ferme sur le sujet en condamnant catégoriquement l’utilisation de substances coupantes sur les lignes et en recommandant de n’utiliser que des lignes de coton.L’association indépendante à l’origine de la campagne « Não use Cerol » (“N’utilise  pas le cerol”) révèle que seulement 9 états brésiliens (sur 26…) ont promulgué des lois spécifiques sur le sujet. Toutefois, elles n’ont pas toutes le même niveau de restriction puisque certaines se limitent à interdire l’utilisation du cerol, sans pour autant interdire sa fabrication ou son commerce. Il n’existe donc pas encore à ce jour de loi nationale réglementant le sujet, le chemin est encore long…les cerfs-volants tueurs peuvent continuer à voler.

 

 

 

 

Mots-clés : , SOCIÉTÉ

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