Moins de R$70 par mois pour vivre…

7/07/2011 Aucun commentaire

Le dernier recensement (1) est tombé, édifiant : 8,5% de la population brésilienne, soit 16,2 millions de personnes, vivent toujours dans une situation d’extrême pauvreté, avec un revenu mensuel moyen n’excédant pas R$ 70 (environ 29 €). La Présidente Dilma Roussef a réagi immédiatement en annonçant, dès le mois de juin, le lancement du planBrasil sem miseria (Brésil sans misère), pour aider les plus indigents. Le combat du Gouvernement brésilien contre la misère est donc encore loin d’être terminé.

 

Le Président Lula (2002-2010), porte-drapeau d’un Brésil qui n’a plus faim…

  • Quand le président Lula da Silva, au début de 2003, a déclaré que la lutte contre la faim serait la priorité de son gouvernement et a appelé la société brésilienne à participer à ce défi, il a jeté les bases du programme Fome Zero (Faim Zéro). Ce programme  se donnait pour objectif de garantir la sécurité alimentaire pour tous les brésiliens. Afin de faciliter sa mise en oeuvre, le gouvernement a fusionné les  principaux plans d’aide sociale à la famille existants. Leur regroupement a donné naissance à un programme “phare”, toujours d’actualité : « Bolsa Família Program».

 

  • Le programme Bolsa Família repose sur une « dotation monétaire » aux familles dont le revenu mensuel par personne n’excède pas, à ce jour, R$ 140 (environ 57 €). Celles-ci bénéficient de la prestation, sous condition de scolariser leurs enfants et de tenir à jour leurs vaccinations. Le paiement est accordé à la mère, par le moyen d’une carte magnétique valide un an, et lui permet de faire des achats à son gré. Son montant moyen peut varier entre R$ 32 et R$ 242 (entre 13 et 99 €), en fonction du nombre d’enfants et d’adolescents à charge et du niveau de pauvreté de la famille (2). Les familles bénéficient par ailleurs, toujours dans le cadre de ce programme, d’une assistance en matière d’éducation, de travail, de culture, d’amélioration des conditions d’habitat et d’accès au microcrédit. Aujourd’hui,  12 millions de familles brésiliennes bénéficient de la Bolsa Família.

 

 

Bravo Lula ?

Une étude publiée en septembre 2011 (3) analyse les évolutions de la pauvreté brésilienne sur la période 2004-2009. Ses principales conclusions sont les suivantes :

  • L’inégalité dans la distribution des revenus a diminué de 5,6% sur la période et le revenu moyen a augmenté de 28%.
  • Le pourcentage de la population brésilienne dont le revenu mensuel est supérieur ou égal au revenu minimum (R$ 465) (4), considérés comme non pauvres, est passé de 29% (51,3 millions de personnes) à 42% (77,9 millions de personnes), soit une différence de 26 millions de personnes.
  • La distribution de la pauvreté continue à être concentrée dans les régions du Nord et du Nordeste du Brésil.

Si, dans un premier temps, la scène internationale a applaudi la politique sociale de Lula en l’élevant au statut de « modèle » pour d’autres pays pauvres, elle se fait aujourd’hui plus critique. Certains experts avancent notamment que le recul de la pauvreté au Brésil, ces dernières années, s’explique autant par le contexte économique très favorable que par la politique sociale qui y a été menée.

Le montant alloué par l’Etat aux aides sociales en général, notamment sous la forme de transfert de revenu, fait aussi l’objet de critiques sévères. Pour certains, il ne serait qu’un gaspillage de l’argent public, la seule façon de sortir la population de la pauvreté restant la génération d’emplois et de revenus. Pour d’autres, le budget accordé aux transferts de revenus serait insuffisant pour prétendre réduire la pauvreté et les inégalités.

Le programme Bolsa Família n’est pas épargné non plus, notamment dans la société brésilienne. Ses détracteurs lui reprochent de n’être, au final, qu’un programme d’assistance sociale qui n’encouragerait pas à la recherche d’un emploi. D’autres estiment que le revenu transféré dans le cadre de l’aide est bien trop faible en soi pour espérer l’ascension sociale de ses bénéficiaires.

 

 

Bom dia Brasil sem Miséria, tchau Bolsa Família ?

Même si les discours officiels du Gouvernement actuel présentent Brasil sem Miséria comme un complément aux programmes du Gouvernement Lula, beaucoup y voient d’ores et déjà une porte de sortie de la Bolsa Família. Dans le cadre de ce nouveau plan, le premier objectif du Gouvernement sera de localiser et d’intégrer dans les programmes d’aide, les familles en situation de pauvreté extrême. Ce programme comportera différents axes : une aide financière ; l’accès aux services publics dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’assistance sociale, de l’assainissement et de l’électricité. Ce programme bénéficiera d’un budget annuel de R$ 20 Mds de et se donne pour objectif de sortir de la misère les brésiliens les plus pauvres d’ici 2014.

Le programme Brasil sem miséria dans ses grandes lignes :

  • L’extension des bénéficiaires de la Bolsa Família

Jusqu’à présent, chaque famille bénéficiaire du programme Bolsa Família pouvait avoir au maximum 3 enfants bénéficiaires. Cette limite a été repoussée à 5. L’espoir avec cette extension est que le nombre d’enfants et d’adolescents concernés par la Bolsa Família passe de passe de 15,7 millions, à ce jour, à 17 millions.

  • Dans les campagnes :

– Création d’équipes techniques agricoles pour aider les familles.

– Paiement de quatre versements hebdomadaires de R$ 600 à 253 000 familles pour l’achat d’équipements agricoles

– Augmentation de 66 000 à 255 000 le nombre de familles qui vendent des aliments au gouvernement pour le Programme d’acquisition des aliments destinés aux dons et à la constitution de stocks

– Attribution d’une Bolsa Verde (Bourse verte) 300 $ par trimestre aux familles dans une situation d’extrême pauvreté pour les encourager à préserver les forêts nationales, les réserves extractives et le développement durable.

– Construction de citernes pour la plantation et l’élevage pour 600 000 familles

– Construction de réservoirs de stockage d’eau potable pour 750 000 familles

  • Dans les villes :

– Partenariat avec les Etats et les municipalités pour créer des banques d’emplois

– Ouverture de places dans 200 types de cours techniques

– Soutien aux municipalités pour créer 60.000 emplois de trieurs de déchets et développer l’infrastructure pour jusqu’à  de 280 000 trieurs de déchets

 

Dilma Rousseff a réaffirmé au Congrés la lutte obstinée de son gouvernement pour éradiquer la pauvreté extrême et créer des opportunités pour tous. Réussira-t-elle son pari et fera-t-elle du slogan de son gouvernement “Brésil, pays riche sans misère”…une réalité ? Rendez-vous dans 3 ans.

 

 

(1)  Données de l’IBGE (Instituto Brasileiro de Geographia e Estastistica), mai 2011.

Qui sont ces brésiliens les plus pauvres qui “survivent” en marge des programmes d’aides sociales du Gouvernement ?  50,5% sont des femmes et 49,5% des hommes. Ils sont à 70% noirs et mulâtres et 40% d’entre eux ont moins de 14 ans. 56% habitent dans le Nord du pays et 52% dans le Nordeste.

(2)  Le Ministère du développement social et du combat contre la faim propose 4 types de transferts de revenus :

–       “de base” : R$ 70, pour les familles extrêmement pauvres, dont le revenu par personne est inférieur ou égal à R$ 70

–       “variable” : R$ 32, pour les familles ayant des enfants à charge entre 0 et 15 ans, étendu aujourd’hui à 5 enfants par famille

–       “variable attaché aux adolescents” : R$ 38, pour les familles ayant à charge des adolescents âgés de 16 à 17 ans, limité à deux adolescents par famille

–       “variable à caractère extraordinaire”, dont le montant est calculé au cas par cas.

(3)  “Mudanças recentes na pobreza brasileira” (“Changements récents dans la pauvreté brésilienne”) rélisée par l’IPEA (Instituto de Pesquisas Econômicas e Aplicadas)

(4)  Revenu minimum sur la période. Depuis le 1er mars 2011, il s’élève à R$ 545.

 


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