Éducation au Brésil : demandez les programmes !

9/04/2013 Aucun commentaire

Voilà déjà quelques semaines que la cloche de la rentrée a sonné pour les écoliers et les étudiants du Brésil. Comme le rappelle régulièrement le gouvernement brésilien, l’amélioration du niveau de l’éducation est une priorité pour le pays, notamment dans la perspective d’un “Brésil sans misère. Si 92% de la population brésilienne âgée de 4 à 17 ans est scolarisée, plus de 3 millions d’enfants ne vont pas encore à l’école. Quels sont les moyens développés par le gouvernement pour remédier à cet enjeu ? Sur le papier, ils sont multiples…

Par Christine Charmeil

 

Ouvrir les écoles infantiles* à tous

L’accueil de tous les petits brésiliens dans les écoles infantiles est une priorité du Plan National de l’Education (PNE), prévu pour les années 2011 à 2020. En 2012, seulement 23,6% des enfants de 3 ans allaient à la crèche ;  le gouvernement souhaite donc doubler ce nombre d’ici 2020. Par ailleurs, 20% des enfants brésiliens âgés de 4 à 5 ans ne trouvent pas de place dans les “pré-escolas” et le gouvernement doit créer 1.050.560 places pour faire évoluer cette situation et universaliser l’accès des enfants à l’école d’ici 2016.

Comment expliquer ce taux de pré-scolarisation si faible ? Deux raisons peuvent être avancées : la non-obligation pour les parents de scolariser leurs enfants avant 6 ans mais surtout la rareté des structures d’accueil, publiques en tous les cas.

Le PNE, qui contient 20 objectifs ambitieux, pourrait améliorer grandement le niveau de l’éducation brésilienne mais son financement fait toujours l’objet de discussions au Parlement depuis… janvier 2010. Certains attendent le vote de ce financement…avant juin prochain.

Le développement des écoles infantiles va peut être favorisé grâce au programme “Brasil carinhoso”, lancé en mai 2012. En effet, dans le cadre de ce programme, 6.000 écoles d’éducation infantile doivent être construites d’ici 2014 et des fonds de ce même programme doivent être attribués pour acheter les équipements et le mobilier nécessaire à leur fonctionnement.

Il est prévu aussi que le FUNDEB (Fonds de manutention et de développement de l’éducation basique et de valorisation des professionnels de l’éducation), fonds créé en 2007 et alimenté par l’Union et ses 27 états,  verse une partie de son budget aux municipalités qui vont construire de nouvelles écoles. Enfin, ce même fonds doit verser des abondements aux crèches et écoles qui accueillent des enfants dont les parents sont bénéficiaires du programme  “Brasil carinhoso”.

* c’est-à-dire accueillant les enfants jusqu’à 5 ans

 

 

Alphabétiser tous les enfants âgés de 8 ans 

Pour atteindre cet objectif, le Pacte National pour l’Education à un âge certain a été lancé le 5 novembre 2012. L’objectif en vue est donc que tout enfant de 8 ans sache lire, écrire et interpréter un texte simple ; le souhait est aussi que ces mêmes enfants sachent additionner, soustraire et avoir des notions sur la multiplication et la division.

A l’époque du lancement du pacte, 15% des enfants de 8 ans ne savaient pas interpréter un texte ou faire des opérations basiques.

Avec ce pacte 2,7 billions de réais vont être investis jusqu’en 2014 pour la formation des professeurs, l’achat de livres et la mise en place d’évaluation du niveau des élèves. Des bourses s’élevant à 200 réais doivent être attribuées aux professeurs en charge de ces enfants et des récompenses seront offertes aux meilleurs enseignants.

Le financement de ce pacte sera assuré par le FUNDEB et la loi instituant ce pacte a été votée le 20 mars 2013. On n’attend plus que la sanction présidentielle pour mettre à exécution ce plan.

 

 

 

Développer l’éducation intégrale

La plupart des élèves brésiliens passent en moyenne 4 à 5 heures par jour à l’école.

A l’instar d’un certain nombre d’autres pays, le Brésil souhaite proposer à ses élèves un temps d’enseignement plus long et développer ainsi des écoles à enseignement intégral. Cet enseignement, principalement destiné aux enfants plus défavorisés, inclut, outre les matières traditionnellement enseignées dans les établissements scolaires, des activités sportives, culturelles et technologiques mais aussi un accompagnement aux devoirs, une formation à la citoyenneté et aux droits de l’homme ou encore une orientation en matière d’hygiène et de nutrition. Parmi les résultats recherchés, au-delà bien sûr de meilleurs résultats scolaires, sont mis en avant la diminution du risque social, face notamment à la drogue et a l’alcool, mais aussi l’amélioration de la convivialité familiale, les parents rentrant tard le soir n’ayant plus alors à se préoccuper des devoirs de leurs enfants ou de leurs activités extra-scolaires.

Ce souhait de développer l’éducation intégrale au Brésil s’est concrétisé en 2008 dans un programme appelé “Plus d’Education”. A la rentrée 2012, ce programme touchait presque 3.000 élèves brésiliens et plus de 35.000 écoles.

 

 

 

Faciliter l’entrée à l’université des jeunes

Le SISU, Système de Sélection Unifiée, est l’outil mis en place par le gouvernement en 2010, pour démocratiser l’enseignement supérieur.

Ainsi, depuis 2010, il est proposé aux universités et instituts d’enseignement supérieur de sélectionner leurs étudiants au travers d’un examen unique, l’ENEM, Examen National de l’Enseignement “Medio”. Cet examen, qui clôture l’enseignement des élèves âgés de 15 à 17 ans, est l’examen national le plus important au Brésil et repose sur les 4 grands domaines suivants : sciences naturelles (biologie, physique, chimie), sciences humaines (histoire, géographie, philosophie et sociologie), langues (langue portugaise, littérature et langue étrangère) et mathématiques. L’examen comprend 180 questions à choix multiple et la rédaction d’un texte.

Ce système a déjà proposé plus de 129.000 places dans 101 universités et instituts fédéraux d’éducation supérieure. Sur ces places, 12,5% sont offertes aux élèves qui viennent des écoles publiques et la moitié de ces 12,5% étant réservé aux étudiants issus de familles à bas revenu, aux étudiants noirs et aux indiens, en application de la loi sur les quotas de l’été dernier.

Pour développer en outre l’entrée à l’université des jeunes, il existe par ailleurs des programmes de bourses et d’aides tels le PROUNI, Programme de l’Université pour Tous, ou encore le Programme National d’Assistance Estudiantine.

 

 

Promouvoir l’enseignement technique 

Tel est l’objet du PRONATEC, Programme National de l’Accès à l’Enseignement Technique et à l’Emploi, mis en place il y a désormais un an.

Ce programme bénéficie déjà à 2,2 millions de jeunes et travailleurs et l’objectif est de créer 8 millions de places dans les cours techniques et de qualification professionnelle d’ici 2014. 251 écoles d’enseignement technique existent déjà et 53 sont en construction. Ces écoles proposent à leurs élèves une éducation technique et scientifique dans les domaines tels que l’électronique, la mécanique, l’informatique, l’automatisation industrielle, le tourisme, la santé, le pétrole …

Sont normalement concernés par ce programme, les élèves ayant achevé l’enseignement medio.

Le programme étant récent, il n’y a pas encore de système unifié de recrutement et chaque institut a ses propres critères d’entrée.

 

 

 Encourager la formation à l’étranger 

Le programme le plus fameux dans ce domaine est le programme “Sciences sans frontières”, qui existe depuis 2001 et a fait déjà l’objet d’accords avec 13 pays : Etats-Unis, Allemagne, Australie, Belgique, Corée du Sud, Espagne, France, Pays-Bas, Italie, Portugal, Inde, Suède et Royaume-Uni.

Le but de ce programme est d’aider les étudiants à trouver une place dans les universités étrangères et de leur offrir une bourse pour couvrir les dépenses de cours, voyage, logement, de nourriture. Pour participer à ce programme, les étudiants doivent prouver leur bonne implication à l’université et avoir obtenu une note minimale à l’ENEM.

18.000 étudiants vont partir dans le cadre de ce programme à partir de septembre 2013 et le nombre de 100.000 étudiants d’ici 2014 a été avancé.

La difficulté d’application de ce programme réside dans le faible niveau en langue des candidats au départ …

 

 

Ce petit catalogue de programmes mis en place par le gouvernement brésilien laisse penser que la volonté de faire évoluer l’éducation au sein du pays est là. La mise en application de ces programmes sera en revanche peut-être plus longue, compte tenu du coût de ces mesures et du nombre de décideurs politiques impliqués.

 

 

 

Mots-clés : , , SOCIÉTÉ

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