Guaraná : et si les brésiliens détenaient le secret de la longévité ?

13/04/2012 2 commentaires

Drôle de fruit…A maturité, son écorce rougeâtre se rompt, laissant apparaître une pulpe blanche marquée d’une protubérance noire comme une pupille. C’est la raison pour laquelle la tribu indigène Sateré-Mawé l’a surnommé  «l’œil de la forêt». C’est de cette petite baie, plus généralement appelée guaraná, dont nous allons vous parler maintenant. Il paraîtrait en effet que ses vertus sont considérables…au point d’allonger la durée de vie ?

Par Laurence de Raphelis-Soissan

 

 

Maués, la « terre du guaraná »…

Le guaraná est le fruit d’une plante originaire d’Amazonie, le guaranazeiro, essentiellement cultivée en Amazonie, et, depuis les années 80, dans le sud de l’Etat de Bahia et le nord de l’Etat du Mato Grosso. L’Amazonie reste toutefois la région productrice la plus importante, et la ville qui contribue le plus à cette production est Maués, surnommée de fait la “Terre du Guaraná”. La réputation de la ville tient non seulement à l’importance de sa production, mais aussi à sa tradition culturelle. Ce sont les ethnies Mundurucus et Saterés-Maués qui ont été les premières à cultiver le guaraná et en ont enseigné les secrets aux habitants de la région.

Mais la production de fruit ne dépend plus que de la production indigène. Depuis les années 70, on étudie la manière d’améliorer la production de guaraná en introduisant des modifications génétiques, permettant aux plantes d’être plus résistantes aux pesticides, de pousser plus rapidement et en plus grande quantité. L’industrie des boissons (notamment AmBev, à qui appartient la célèbre marque de boisson gazeuse Guaraná ANTARCTICA) pousse à l’amélioration de cette productivité et a d’ailleurs investi dans un centre de recherche.

 

 

La culture des « yeux »…

L’exploitation du guaraná se fait en différentes étapes, qui peuvent être plus ou moins nombreuses, suivant la forme finale que l’on souhaite obtenir :

  • La cueillette : les « yeux »  du guaraná, qui se présentent sous la forme de grappes, sont cueillis des mois d’octobre à janvier, lorsqu’ils sont mûrs. Ce travail est réalisé manuellement à l’aide de ciseaux d’élagage.
  • La fermentation : les fruits sont ensuite stockés quelques jours dans des sacs, sur un sol de ciment brûlé ou de céramique, afin que se produise une légère fermentation. Celle-ci permet de ramollir l’écorce du fruit.
  • Le dépulpage : manuel ou mécanique, il consiste à retirer l’écorce et l’arille (enveloppe charnue autour de la graine) du fruit.
  • Le lavage : les semences sont lavées et triées par taille afin que la torréfaction soit uniforme.
  • La torréfaction : elle s’effectue dans des fours d’argile ou des bassines de fer, de cuivre ou d’argile. On obtient ainsi la graine de guaraná torréfiée, appelé « guaraná em rama ».
  • Le broyage : après la torréfaction, les graines peuvent être broyées avec des pilons en bois ou mécaniques. Pour réaliser le bâton de guaraná, de l’eau est mélangée à la poudre pour former une pâte.
  • La panification : la pâte est pétrie pour évacuer l’air qui se trouve à l’intérieur et lui donner une forme de cylindre.
  • Le fumage : les bâtons sont mis sur le feu pendant 48 heures pour retirer l’eau et éviter qu’il ne se s’effritent ultérieurement. Ils sont ensuite stockés 5 à 6 jours sur les étagères en bois d’une caisse d’argile, fermée hermétiquement. 

 

 

« Rama », poudre et bâtons…

La forme la plus utilisée par les producteurs est celle des semences torréfiées : on l’appelle « guaraná em rama“. A partir de ces semences, on fait du sirop et de l’extrait, que l’on utilise pour la fabrication des boissons.

Quand les semences sont finement moulues, on obtient de la poudre qui est vendue dans le commerce de détail ou utilisée dans la fabrication de glaces, de crèmes mais également de boissons.

La forme la plus traditionnelle de transformation est le bâton, une méthode développée par les indiens il y a des siècles, en Amazonie et dans le Mato Grosso. Pour recueillir la poudre de guaraná, il est de tradition de râper le bâton sur une langue de pirarucu (poisson amazonien).

Le guarana est également utilisé dans l’industrie pharmaceutique et cosmétique.

 

 

 Les pouvoirs de « l’œil de la forêt »…

 «…Il donne tant de force qu’ils peuvent aller à la chasse pendant deux jours consécutifs sans ressentir la faim, outre le fait qu’il soigne les fièvres, les crampes et les maux de tête. », c’est ce que rapporte le Père missionnaire Felipe Bettendorf en 1664 au sujet du guaraná que consommaient les indiens d’Amazonie.

Doté d’une forte teneur en caféine, deux à trois fois supérieure à celle du café, le guaraná est recommandé pour augmenter la résistance de l’organisme et diminuer la fatigue. Anti-anémique, anti-névralgique, antioxydant, et même aphrodisiaque, on lui reconnaît mille vertus.

 

 

Il une fois une petit ville où l’on vivait très longtemps

L’Organisation des Nations Unies considère qu’une personne est âgée à partir de 65 ans dans les pays développés et 60 ans dans les pays sous-développés. Quand il est question de communautés indigènes comme celle de Maués, une personne est considérée comme « âgée » lorsqu’elle dépasse l’âge de 50 ans.

Dans la petite ville de Mauès, la « terre du guaraná », 1% de la population a déjà dépassé 80 ans. Pour l’IBGE (Instituto Brasileiro de Geografia e Estatistica), qui se réfère à l’année 2010, ce chiffre est élevé en comparaison avec la moyenne nationale qui est de 0,5% dans cette tranche d’âge. La municipalité de Mauès concentrait 52 200 habitants en 2010, et 614 avaient dépassé 80 ans. La personne la plus âgée aurait 103 ans, et, selon les spécialistes, aurait « la santé d’un adolescent ». Toutes les études qui ont été faites auprès des habitants de Maués ont mis en avant leur mode de vie comme principale raison de leur longévité.

Parmi les facteurs déterminants, selon les spécialistes, l’alimentation des habitants : à Maués, point de colorants ou de graisses nocifs pour la santé, mais de l’açaí, du camu-camu, bref des fruits riches en vitamines C. Mais, vous l’aurez deviné, le fruit le plus cultivé dans cette municipalité est également le plus consommé : c’est le guaraná. Les habitants en consommeraient en effet chaque jour au petit déjeuner. De là à voir en lui le super héros de la longévité…il n’y avait qu’un pas. Curiosité à suivre donc !

 

 

Un médecin spécialisé en gériatrie expliquait le mois dernier dans le magazine brésilien SAÚDE que la consommation recommandée de  guaraná était « d’une cuillère à café de poudre par jour », ses bénéfices s’obtenant par l’ingestion de petites quantités. Il était par ailleurs conseillé de dissoudre cette poudre dans un verre d’eau et de boire le mélange le matin de préférence, afin d’éviter irritations et allergies. Autre détail important : on recommande également d’ajouter un peu de sucre au breuvage, non seulement pour en diminuer l’amertume, mais aussi pour réduire les effets de la caféine. Toujours est-il qu’avant de vous lancer dans l’expérience, nous vous conseillons de consulter un médecin pour vérifier le dosage qui vous correspond le mieux. N’oublions pas que l’objectif à terme reste tout de même…la longévité !

 

 

 

 

Mots-clés : BON APPÉTIT !
2 commentaires to “Guaraná : et si les brésiliens détenaient le secret de la longévité ?”
  1. jp says:

    Pour la longévité, je n’irai pas me prononcer, j’attends encore quelques décennies pour voir (rire), mais j’adhère car j’en consomme depuis 4 ans chaque matin, comme vous l’indiquez. Je ne mets pas de sucre, je mélange la poudre avec de l’eau glacée, elle atténue cette amertume.
    Des études montrent que le Guarana est un tonifiant qui, à petite dose régulière, s’installe dans les cellules et les dynamise, notamment l’épiderme. Je fais beaucoup de sport et j’adhère au Guarana car là je suis convaincu de ses effets toniques.
    Le Guarana est le Coca Cola du Brésil. Beaucoup disent ici qu’au Etats-Unis, Coca Cola exerce une grande vigilance “qu’il rémunère” pour que le Guarana ne déborde pas abusivement des frontières du Brésil. Beaucoup y voient le concurrent direct… sauf que le Guarana est naturellement naturel.

  2. Daniel d says:

    Je savais que le guarana était un fruit originaire de l’Amazonie mais guère plus. Bravo pour cet article vraiment exhaustif sur ce fruit et son exploitation. Il serait intéressant de comparer les parts de marche local de coca cola et de guarana. Quant aux vertus de longévité pour ses consommateurs je ne sais pas s’il faut les prendre au sérieux mais je m’étonne qu’elles ne soient pas exploitées par les experts en marketing de cette boisson.

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