Brigadeiro : le regard “gourmet” de Juliana Motter

24/02/2012 1 commentaire

« La vie est courte, commencez par le dessert ». Telle est la devise de Juliana Motter*, confiseur de son état, et fondatrice de la marque de brigadeiros “gourmets”, Maria Brigadeiro. En proposant une évolution inédite de sa recette originale, Juliana a élevé le brigadeiro à un statut « gourmet », prouvant qu’il était davantage qu’une simple confiserie de fête d’enfants. Dans la cuisine vitrée de son l’atelier à São Paulo, plus de 40 versions de la douceur sont préparées artisanalement, à la demande, avec une combinaison exclusive des meilleurs chocolats et ingrédients. Conversation avec une audacieuse, qui a donné un nouveau regard sur l’icône des douceurs brésiliennes. En exclusivité, à la fin de cette interview : la recette du brigadeiro traditionnel de Juliana Motter, alias…Maria Brigadeiro.

 

Les BRASILEIROS : Juliana, comment est née votre marque, Maria Brigadeiro ?

Juliana Motter : J’ai appris à faire les brigadeiros à l’âge de six ans, grâce aux mains généreuses de ma grand-mère Ignês, qui était confiseur. A partir de ce moment là, je suis tombée amoureuse du brigadeiro et je n’ai jamais cessé de le confectionner. Il est devenu, mon cadeau officiel pour les fêtes d’anniversaire : j’apportais un plateau, rempli des brigadeiros que j’avais réalisés. L’habitude, assez peu commune pour une enfant si jeune, me valut d’être surnommée d’un nom plaisant : Maria Brigadeiro. Le temps a passé, j’ai fait des études de journalisme, et j’ai continué à faire des brigadeiros, comme un hobby. À ce moment là, j’avais déjà un répertoire de recettes avec plus de 20 versions différentes de la douceur, que j’avais toutes inventées. Au Brésil, les gens connaissaient seulement la version traditionnelle, et quand j’arrivais à des fêtes avec d’autres saveurs, c’était toujours un succès. Tout le monde me demandait si je les vendais. Je répondais “non”, je disais que j’étais journaliste. À l’occasion de l’un de ces événements, par jeu, j’ai raconté que j’avais un atelier de fabrication de brigadeiros “gourmets”. Un des invités de la fête m’appela le lendemain, pour me passer une commande de mille brigadeiros pour un événement. Il était trop tard pour reculer. J’ai mis jusqu’au petit matin pour faire les brigadeiros. Je les ai déposés dans un carton portant l’inscription “Maria Brigadeiro“, avec mon numéro de téléphone, et, le jour suivant, mon téléphone n’a pas arrêté de sonner. Trois mois plus tard, je donnais ma démission au magazine féminin pour lequel je travaillais, et j’ouvrais le premier atelier de brigadeiros « gourmets » du Brésil.

 

Les BRASILEIROS : Quelles sont les particularités de vos brigadeiros ?

J.M : Je vous en cite quelques-unes…Tout d’abord, en tant que pionnière du brigadeiro gourmet, Maria Brigadeiro a été la première à le proposer sous différentes saveurs. Nous proposons aujourd’hui 40 versions exclusives de la douceur. Ensuite, notre Brigadeiro contient des ingrédients gourmets tels que de la vanille en gousse, de la pistache de Bronte (avec la dénomination d’origine), des chocolats certifiés, du beurre français…etc. Enfin, le brigadeiro à toujours été une douceur pour la fête des enfants. Maria Brigadeiro a apporté une nouvelle proposition pour sa consommation, inspirée de ma propre histoire : le cadeau. Tous les emballages sont conçus pour être offerts, y compris les grandes boîtes de 100 pièces.

 

Les BRASILEIROS : Quelle est l’histoire officielle du brigadeiro ?

J.M : La version la plus commune est que le brigadeiro est apparu dans un contexte politique. Aux fêtes de campagnes du Brigadeiro Eduardo Gomes, candidat à la présidence de la république du Brésil en 1945, était servie une douceur au chocolat, connue sous le nom de “negrinho”. Eduardo avait un slogan très curieux : ” Votez pour le Brigadeiro qui est beau et célibataire”. Bien entendu la grande majorité de son électorat était formé de femmes. Elles étaient folles de la douceur et voulaient savoir ce qu’elle était. “C’est la douceur préférée du Brigadeiro” répondait-on. Eduardo perdit les élections et laissa son « brevet » à la douceur, qui fut rebaptisée du nom de « brigadeiro » et qui devint un des symboles les plus populaires de la cuisine brésilienne.

 

Les BRASILEIROS : Comment expliquez-vous  que le brigadeiro se soit popularisé pour devenir un symbole de la cuisine brésilienne ?

J.M : Parce que bon marché et rapide à fabriquer, il est très vite devenu la douceur officielle des petites fêtes d’anniversaire.

 

Les BRASILEIROS : Au début, quels étaient les ingrédients de base pour faire les brigadeiros ?

J.M : Lait concentré, margarine et chocolat en poudre.

 

Les BRASILEIROS : Ces ingrédients ont-ils évolué depuis ?

J.M : J’ai été la première à proposer officiellement ce changement. Je pensais que la douceur était sous-exploitée, car elle était réalisée avec des ingrédients de qualité ordinaire, et qu’elle se réduisait à une douceur de fêtes d’enfants.

 

Les BRASILEIROS : Vous créez des brigadeiros sophistiqués, originaux…N’est-ce pas un peu audacieux d’oser toucher à un symbole national ?

J.M : Le brigadeiro était une douceur populaire, et le sera toujours. C’est son essence. Quand j’ai apporté l’idée du brigadeiro « gourmet », je n’entendais absolument pas l’”élitiser”, mais juste donner un nouveau regard sur lui, prouver son potentiel gastronomique. Même si les ingrédients originaux ont été substitués par d’autres, plus raffinés, j’ai conservé la base de la recette, qui est le lait concentré, le beurre et le chocolat.

 

Les BRASILEIROS : On dit que les brigadeiros sont une douceur pour les enfants. Au début, ce n’était pas le cas. Comment expliquez-vous ce changement ?

J.M : La recette n’a jamais été révisée, elle n’a pas accompagné les évolutions culinaires, et je pense que cela a contribué à ce que le brigadeiro soit assimilé aux sucreries des fêtes infantiles.

 

Les BRASILEIROS : Dans quelles occasions les brésiliens servent-ils des brigadeiros ? Est-ce une douceur de fête, réservée à des moments particuliers ?

J.M : Le brigadeiro était une douceur fortement associée aux anniversaires. Le brigadeiro « gourmet » a changé cette habitude de consommation : il est aujourd’hui également un présent pour des événements plus formels. Nous travaillons pour des mariages, par exemple, où les fiancés proposent seulement le brigadeiro. Cela aurait été impensable il y a encore cinq ans.

 

Les BRASILEIROS : A quel moment, de la journée ou du repas, mange-t-on en général des brigadeiros ?

J.M : Aux mêmes moments que ceux auxquels nous dégustons des chocolats. D’ailleurs, je me risque à dire que le brigadeiro est “le chocolat” des brésiliens. Tout le monde a une recette et prépare la petite douceur quand il le souhaite.

 

Les BRASILEIROS : Quelles boissons conseillez-vous pour accompagner les brigadeiros ?

J.M : Avec de la bière et de la cachaça artisanale, le mélange est surprenant.

 

Les BRASILEIROS : Le secret des brigadeiros réussis…ce sont les ingrédients ou la technique de préparation ?

J.M : Les deux.

 

Les BRASILEIROS : Je pense que mes lecteurs m’en voudraient de ne pas vous poser la question qui suit…Accepteriez-vous de nous donner une recette simple pour faire des brigadeiros traditionnels à la maison ?

J.M : Bien sûr que oui, allons y.

 

RECETTE DU BRIGADEIRO TRADITIONNEL

  • Pour 30 pièces 
  • Temps de préparation : 30 minutes
  • INGRÉDIENTS

– 1 boîte de lait concentré

– 1 cuillère à soupe de beurre sans sel

– 4 cuillères à soupe de chocolat en poudre de bonne qualité (éviter les chocolats en poudre destinés aux petits déjeuners type Nescau pour les brésiliens, ou Poulain pour les français)

– chocolat râpé (au lait ou noir) pour l’enrobage

  • PRÉPARATION

Dans une casserole, faire chauffer sur feu doux, le lait concentré, le chocolat en poudre et le beurre, sans cesser de tourner. Quand le mélange se détache du fond de la casserole, éteindre le feu, et le verser dans un récipient graissé avec du beurre. Une fois le mélange refroidi, graisser ses mains avec du beurre, et faire des boules avec la pâte d’environ 2 cm de diamètre. Les rouler dans le chocolat râpé, puis les disposer dans des petits moules de papier plissé. Consommer les brigadeiros dans les deux jours.

 

 

Les BRASILEIROS : Juliana, j’ai lu que vous aviez eu l’occasion de faire un tour dans les meilleures pâtisseries, boulangeries et chocolateries de Paris. Quelle est votre douceur française préférée ?

J.M : Mon Dieu, Laurence, quelle question difficile ! Elles sont nombreuses, mais si je devais choisir, type choix de Sophie, je crois que je choisirai les chocolats (tous) de Michel Chaudun.

 

© Propos recueillis par Laurence de Raphelis-Soissan pour Les BRASILEIROS 

 


*Juliana Motter est l’auteur d’un très bel ouvrage consacré au brigadeiro : « O Livro do Brigadeiro » (Panda Books).

 

 

 

 

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Un commentaire to “Brigadeiro : le regard “gourmet” de Juliana Motter”
  1. Jacqueline says:

    Para tudo! Li a matéria, entrei no site, e to aqui morrendo de vontade! E pra quem mora na França, tem direito tb??? Eu quero!
    Abraço e parabéns!

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