Acai : histoire d’un fruit

14/02/2012 Aucun commentaire

Est-il encore besoin de s’étendre sur les propriétés de l’açaí ? Elles ne sont désormais plus un mystère. Nutritif, riche en fibres et en antioxydants, gorgé de minéraux et de vitamines, le petit fruit violacé présenterait beaucoup d’atouts. Mais, peut-être, reste-t-il encore quelques petites choses que vous ignorez sur la perle paraense…

 Par Laurence de Raphelis-Soissan

 

Cueillette acrobatique et dépulpage…

  • L’açaí est le fruit d’un palmier amazonien, l’açaízeiro, que l’on trouve dans tout le bassin amazonien, et particulièrement dans sa partie orientale. Une des phases les plus compliquées du processus de production du fruit est sa cueillette. Force, technique et habileté sont en effet nécessaires pour grimper en haut du palmier (d’une quinzaine de mètres) et recueillir ses fruits. Pour ce faire, on utilise une « peconha », une sorte de corde fabriquée avec un sac de nylon ou une feuille d’açaízeiro. Cet « outil », créé par les indiens d’Amazonie, aide à  retenir les pieds à la montée et à la descente du palmier. Regardez…

 

  •  Pour être consommé l’açaí doit d’abord être « dépulpé » dans une machine appropriée, ou écrasé manuellement (après avoir été lavé à l’eau) pour que la pulpe se détache. Mélangé à de l’eau, il se transforme en un jus épais, connu comme « vin d’açaí ».

Dépulpage « industriel » :

 

Dépulpage « manuel » :


 

 

Des tables du Nord du Brésil…au reste du monde !

  • 85% de la production de l’açaí vient du Pará, les 15% restant sont produits en Amazonie. L’açaí a une importance incalculable pour la région amazonienne en raison de son utilisation régulière par une grande partie de la population (60% de la production du Pará est d’ailleurs consommée par ses habitants). À la table du Nord, il est consommé généralement glacé, avec de la farine de tapioca ou de manioc, et fait partie de l’alimentation locale.
  • 15% de la production est consommée dans le reste du Brésil et dans divers pays du monde. Dans le sudeste du Brésil, on l’accompagne souvent de céréales, de miel, de fruits, ou de sirop de guaraná. Les Etats-Unis et les pays européens seraient ceux qui importeraient le plus la pulpe du fruit. A l’étranger l’açaí est commercialisé sous différentes formes : vins, nectars, poudres désydratées, gelées, savons, bonbons.

 

 

L’histoire du kiwi qui se répète ?

  • Le kiwi, à l’origine un fruit servi comme nourriture aux animaux, a été réinventé par une immense campagne mondiale de valorisation, financée par les producteurs asiatiques et menée par le gouvernement néo zélandais. Des chefs d’entreprises, aux Etats-Unis et en Europe, se le sont appropriés : son goût exotique et ses vertus thérapeutiques ont fait un malheur. Le kiwi a envahi le monde. De la même manière l’açaí a pris de la valeur grâce au talent d’entreprises étrangères, essentiellement américaines. Des campagnes de marketing ont été orchestrées pour réinventer le fruit. Il a fait son apparition en 2000 aux Etats-Unis grâce à de jeunes entrepreneurs américains, aujourd’hui à la tête d’entreprises spécialisées en jus de fruits. La société Sambazon, par exemple, a été créée par un groupe de surfeurs californiens qui ont découvert l’açaí à l’occasion d’un voyage dans le Nordeste du Brésil. Ils proposent aujourd’hui le fruit notamment sous la forme de capsules ou de poudre « commodes pour avoir sa dose quotidienne » et « parfaites pour ceux qui bougent ou se déplacent ».
  • Signalons enfin que l’histoire de la mondialisation de l’açaí est également celle d’une bataille juridique. Le Brésil a en effet dû se défendre à plusieurs reprises pour que la marque « açaí » ne tombe pas entre les mains d’entreprises étrangères. Un projet de loi est actuellement en cours d’examen : il a pour objectif de protéger le fruit en le reconnaissant comme fruit national, évitant ainsi toute nouvelle tentative d’appropriation étrangère.

 

 

Chagas plane sur l’açaí…

Décrite par le médecin Carlos Chagas en 1909, la maladie de Chagas est causée par un protozoaire qui vit dans le système digestif de certaines espèces d’insectes, plus connus sous le nom de « barbeiros ».

La contamination de l’açaí par le barbeiro est accidentelle, et tient dans les conditions parfois précaires de sa production. Attirés par la lumière des maisons environnantes, les insectes tombent dans les machines de « dépulpage » des fruits, ou, attirés par la lumière des bateaux amarrés la nuit, tombent dans les paniers où l’açaí est stocké. Comme la couleur du fruit et de l’insecte est similaire, l’identification du barbeiro est difficile.

On estime qu’au Brésil, 2 à 3 millions de personnes seraient contaminées. Comme les symptômes sont variables, et pas toujours perceptibles, une personne peut porter la maladie pendant des années après avoir été infectée, avant qu’elle ne soit identifiée par un examen de sang de routine. La méningite et l’encéphale sont les complications rares de la maladie de Chagas dans sa phase aïgue. Cette maladie peut ne pas provoquer de lésions importantes chez ceux qui ont un système immunitaire efficace, mais peut être fatale pour les autres.

Un contrôle de qualité dans le traitement de l’açaí a été mis en place après l’apparition de cas de maladies de Chagas au Brésil. Le tri précautionneux des fruits est l’une des recommandations faites par les chercheurs pour contrôler la maladie, avec les conditions d’hygiène des locaux de production, de stockage et de transport du fruit.

 

 

Festival…

L’açaí a son Festival : il se tient chaque année au mois d’août dans la ville de Feijó, dans l’état d’Acre.

 

 

 

Mots-clés : BON APPÉTIT !

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