Roberto Carlos, l’autre Roi du Brésil

9/09/2011 Aucun commentaire

Il est un Roi au Brésil que le monde entier connaît : il s’appelle Pelé, le Roi Pelé, et il est le plus grand joueur de football de tous les temps. Mais il en existe un autre, avec qui Pelé partage sa couronne. L’un de ses biographes dit qu’il serait « le plus fort et le plus complet synonyme du Brésil qui n’ait jamais existé » (1). Cet illustre brésilien a fêté ses 70 ans cette année, enchaîne les succès depuis cinq décennies et est le recordman brésilien des ventes de disques. Il était une fois Roberto Carlos, O Rei de la Musique Populaire Brésilienne (MPB).

Par Laurence de Raphelis-Soissan

 

Un succès bâtit sur le rock et la balade romantique

Lors d’une interview, dans les années 80, on demanda à Roberto Carlos : Diriez-vous que vous faites de la musique brésilienne ?.  La réponse du chanteur fut la suivante : ” La musique est indépendante du rythme, des arrangements. Ce qu’il y a de brésilien dans une œuvre musicale est le type de sentiment que l’on y exprime. Et logiquement, tout ce que je dis dans ma musique est bien brésilien “. Rien d’étonnant dans le fond à ce que cette question lui fut posée…petit tour dans l’histoire musicale du Roi pour mieux comprendre.

  • Les débuts dans les années 50…

Roberto Carlos débute sa carrière dans la deuxième moitié des années 50. Alors qu’il est encore adolescent, il décide de se consacrer à la musique et quitte sa ville natale de l’Etat de Espirito Santo pour Rio de Janeiro. Là, il fait la connaissance d’Erasmo Carlos, qui restera son fidèle partenaire musical tout au long de sa carrière. A cette époque, il chante en solo du samba-canção et de la bossa nova dans des clubs ou des fêtes et collabore avec quelques groupes musicaux. A la fin de la décade, il enregistre son premier disque qui passera inaperçu.

  •  Les années 60 : rock’n roll et idole des jeunes

Dans les années 60, sous l’influence d’Erasmo, Roberto Carlos laisse tomber le style crooner et chanteur de bossa nova pour se tourner vers le rock’n roll. Ses premières chanson intitulées « Splish Splash » et « Parei na contramão » en 1962 sont des succès, comme celles qui suivirent. La « Jovem Guarda » (Jeune Garde) était née. Célèbre dans tout le Brésil, Roberto Carlos commence à présenter l’émission « Jovem Guarda » à la télévision en 1965, aux côtés de son comparse Erasmo Carlos et d’une chanteuse prénommée Wanderléa. L’émission popularise le mouvement et consacre Roberto Carlos comme l’idole des jeunes brésiliens.

  • Des années 70 à aujourd’hui : le chanteur romantique

Roberto Carlos change définitivement de style à la fin des années 60 et adopte avec l’album « Roberto Carlos » en 1969 un style romantique, en rupture totale avec le style traditionnel de la « Jovem Guarda ». Les années 70 marquent donc à la fois la fin du mouvement « Jovem Guarda » et la consécration de Roberto Carlos comme un interprète romantique aussi bien au Brésil que dans le reste du monde.

Depuis lors, le succès du Roi (3) ne se démentira jamais. Il enregistrera des centaines d’albums dans plusieurs langues, et en vendra 120 millions. Il gagnera des dizaines de prix et fera des milliers de concerts au Brésil et dans le monde.

  • Il existe bien un paradoxe, pour le moins étonnant, entre le sacre de Roberto Carlos « Roi de la MPB » et sa musique, essentiellement d’inspiration étrangère. Paulo Cesar de Araújo, auteur de la biographie de Roberto Carlos « Roberto Carlos em detalhes » (4) exprime bien cet état de fait : ” Roberto Carlos a provoqué un court-circuit dans la Musique Populaire Brésilienne qui n’était pas prévu dans le script. D’une certaine manière, il a toujours été un étranger dans son propre pays. Dès son enfance, il chantait la musique country de Bob Nelson ou des boleros et des tangos à la radio ; ensuite, il a chanté du rock à la télévision et des balades romantiques sur tous ces disques. (…). Finalement il a été le premier artiste brésilien à se libérer des rythmes nationaux, et de ses idoles populaires comme Francisco Alves, Carmen Miranda, Orlando Silva, Luiz Gonzaga ou Nelson Gonçalves, qui ont consacré ces rythmes, identifiés comme les racines de la musique brésilienne.

 

 

Une vie de héros de tragédies…qui va droit au cœur des brésiliens

Les brésiliens connaissent tous, plus ou moins, la vie de Roberto Carlos, le nom de sa mère, celui de ses femmes ou de ses enfants. Si vous leur demandez de vous parler de lui…

Ils vous raconteront probablement, qu’enfant, il a perdu une partie de sa jambe dans un accident de train. Il vous demanderont si vous saviez qu’il souffre de T.O.C (Troubles Obsessionnels Compulsifs) et s’amuseront à vous préciser qu’il déteste la couleur marron et ne porte que du bleu ou du blanc. Ou peut-être qu’il ne supporte pas que le fil d’un micro touche son corps. Ils vous narreront sa souffrance, qu’il vécut cloîtré chez lui durant une année, après le décès tragique de sa dernière femme. Ils vous conteront aussi peut-être son long rituel du lancer de roses dans le public, à la fin de chacun de ses spectacles.                                                              Ses joies et ses succès, ses malheurs et ses tragédies, ses petits caprices et ses grands rituels, ils les suivent depuis des décennies. Non seulement par l’écho qu’en font les medias, mais également par la mise en scène qu’en fait parfois le Roi.

Cette vie hors du commun, les valeurs d’amour et de foi qu’il véhicule dans ses chansons, cette personnalité que l’on dit charismatique, ont contribué à forger l’immense sentiment de respect qu’il inspire. Certains disent ne pas aimer ses chansons, rares sont ceux qui critiquent l’homme.

Regardez la vidéo qui suit. Ce jour là, Roberto Carlos retrouve son public après une longue absence lors d’un concert à Recife, dans le cadre de la tournée “Amor sem limite”, dédiée à son épouse décédée :

 

 

L’alchimie de son succès populaire…

Personne au Brésil n’a eu autant, et pendant aussi longtemps, le succès populaire de Roberto Carlos.

  • Comment ses biographes l’expliquent-ils ?

Par le talent du Roi à parler, à un moment, à chaque brésilien…On dit que chaque brésilien a, dans son histoire et à un moment, croisé le roi. Roberto Carlos continue d’exister dans l’inconscient collectif, dans l’imaginaire populaire brésilien, de génération en génération, même pour ceux qui ne l’aiment pas, parce qu’il a construit un répertoire de chansons très important qui touche les petites gens, les plus riches, les cultivés comme les incultes. On dit que même celui qui n’est pas fan aura toujours une mère, une femme, un ami dont le chemin aura croisé une chanson de Roberto Carlos. Roberto Carlos exprimerait, par des paroles simples, les sentiments les plus profonds que chacun vit un jour.

Par la capacité du Roi à parler à toutes les générations…On dit que la longévité de la carrière de Roberto Carlos tient à son talent d’avoir su parler à plus d’une génération. Peut être que l’une des principales caractéristiques de son œuvre est en effet sa capacité à dépasser les générations et à continuer à être présent dans le quotidien des gens.

  •  Et les brésiliens, qu’en pensent-ils ? (5)

Je l’aime pour sa simplicité et celle de ses chansons qui parlent directement au cœur du peuple brésilien et étranger. Sa force, sa foi, son charisme, la valeur qu’il donne à sa famille, à ses fans, à ses amis…Personne ne chante avec tant d’émotion que notre inégalable Roberto. C’est un type qui a tant souffert…mais il n’a jamais perdu la foi et touche les gens à travers ses chansons.

Le charisme. Je crois que c’est le mot le plus adéquat pour expliquer le succès du « Rei » depuis plus de 50 ans. Il n’est pas beau, n’a pas une grande voix, mais sans doute a-t-il le même goût que le peuple même si parfois la critique tord le nez et le renie. La simplicité n’est pas dans le moment où il est sur scène, distribue des fleurs au public ou donne une interview, mais dans ses mots. Il parle de l’amour de manière simple, sans jamais le vulgariser. Le public perçoit cela, l’aime et le respecte.

Je pense qu’il est aimé parce que ses musiques sont simples, elles parlent d’amour. Il est une personne simple, ne s’expose pas, a une vie sans scandales. C’est un super professionnel, perfectionniste, ponctuel. On dit qu’il arrive des heures avant le début de ses spectacles et fait tout pour qu’ils soient réussis. Même s’il n’a pas une grande puissance vocale, il est super juste et a du charisme. Le charisme ne s’explique pas, c’est un don que seules quelques personnes possèdent.

Le charisme, la simplicité et le romantisme de ses mots qui touchent en plein cœur les gens.

Je n’ai jamais été fan, je suis neutre. Mais je respecte le fait qu’il a réussi, en partant de l’époque Yé-Yé, à emprunter d’autres chemins et à chanter ce que des milliers de personnes veulent entendre et avoir toujours une posture digne dans sa carrière.

 

 

Le lucratif business de Sa Majesté le Roi

Roberto Carlos a construit un empire grâce à la chanson d’amour. Il a investit dans de nombreux domaines – de l’immobilier aux bovins de race – mais également « prêté» son image à différents produits de grande consommation. Ses différents investissements devraient à eux seuls lui rapporter R$ 350 millions en 2011. A ce chiffre, il convient d’ajouter ce que le chanteur gagne par ailleurs grâce à ses spectacles, la vente de ses disques ou ses droits d’auteur…un revenu additionnel estimé à plus de R$ 100 millions par an.

Le principal produit de « l’entreprise » Roberto Carlos, qui compte 30 employés, est le “Projeto Emoções Em Alto_mar” (« Projet Emotions en haute mer »). Il s’agit de croisières auxquelles le Roi participe au moins une fois par an pour y faire son show.  Elles ont déjà embarqué 20 000 personnes en 7 ans et rapporteraient à elles seules R$12 millions par an. Le prochain voyage musical est prévu début février 2012…trop tard pour y participer, il est déjà complet.

Il faudra vous contenter de regarder ce qui attend les heureux participants :

Signalons enfin qu’à l’occasion de son prochain anniversaire, en 2012, le Roi Roberto Carlos lancera un “collector book” rempli de photos inédites de sa personne, dont le prix tournerait autour de R$ 6 500 (2 700 €). ROY-AL !

 

 

(1) Extrait de la biographie« Como dois e dois são cinco » de Pedro Alexandre Sanches

(2) Roberto Carlos aurait vendu 120 millions de disques depuis le début de sa carrière.

(3) C’est en 1996, alors que son succès est déjà incontestable que Roberto Carlos fut fait publiquement Roi. A l’occasion d’une émission télévisée, le présentateur organisa le couronnement du chanteur. Assis sur un trône, c’est sa propre mère, connue sous le nom de Lady Laura, qui le coiffera d’une couronne.

(4) Estimant qu’elle portait atteinte à sa vie privée, Roberto Carlos fit interdire cette biographie lors de sa sortie (fruit de 16 années d’investigation), en saisissant la justice. Tous les exemplaires publiés furent retirés de la vente.

(5) Un grand merci à mon amie brésilienne Angelica Monnerat de s’être prêtée au jeu et d’avoir fait ce petit sondage auprès de ses amis.

 

 

Mots-clés : , , ARTS & CULTURE

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