L’art du collage selon Anderson Thives

1/04/2012 Aucun commentaire

Anderson Thives est un jeune artiste brésilien originaire du Paraná. Depuis plus de dix ans, il crée des tableaux à partir de la technique du collage. Sur la base de milliers de petits morceaux de papier, découpés dans des magazines ou des catalogues, il revisite les images de notre quotidien. Découverte d’un artiste « Pop-contemporain », dont raffolent les collectionneurs et les “people”, et que le monde entier expose.

 

Les BRASILEIROS : Comment avez-vu eu l’idée de réaliser des collages ?

Anderson Thives : Le collage est arrivé très naturellement dans ma vie. Déjà tout jeune, je faisais mes propres tableaux. J’adorais coller des choses sur le mur et sur mes travaux scolaires. Plutôt que de dessiner et de peindre, je préférais le collage.   Je ne pense pas que les gens se « découvrent artistes », ils le sont à la naissance. Nous ne sommes jamais prêts, nous sommes en apprentissage permanent. En ce qui me concerne, tout a commencé vraiment lors de ma première année d’Université. A l’occasion d’un travail dont je ne me souviens plus exactement, avait été lancé le défi de réaliser quelque chose qui n’avait jamais été fait. C’est à cette occasion que j’ai commencé à faire ce que je fais. J’ai toujours adoré Marilyn Monroe, et je l’avais déjà traitée de différentes manières. Alors j’ai décidé de faire un collage. Cela m’a pris beaucoup de temps. Le résultat final n’était pas génial selon moi, mais tout le monde a adoré. A partir de là est né un hobby, qui, deux ans plus tard, est devenu mon métier. 

 

Les BRASILEIROS : De quand date la technique du collage dans l’art ?

A.T : De l’époque même du Pop Art. Richard Hamilton a été le premier artiste à faire un tableau entièrement réalisé avec des collages. D’autres grands artistes, comme Picasso et Braque, ont également utilisé cette technique, mais toujours accompagnée de peinture en ce qui les concerne.

 

Les BRASILEIROS : Quelles sont vos sources d’inspiration, d’une manière générale ?

A.T : Mon travail est “Pop-Contemporain”. Aussi ma plus grande source d’inspiration est sans doute le Pop Art…Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Richard Hamilton, ou d’autres, comme Picasso par exemple.

Et même si c’est dans ce contexte que le collage était plus utilisé, je trouve avant tout mon inspiration dans la manière dont il était utilisé. Coloré, joyeux, vibrant, renvoyant d’une certaine manière la manifestation d’une attitude. La proposition du Pop Art à laquelle je m’identifie est celle qui traite et voit le monde avec un autre regard, pour l’incorporer à l’art.

 

Les BRASILEIROS : Icônes religieuses, personnages de fiction, acteurs de cinéma…quels sont les thèmes que vous représentez dans vos œuvres ?

A.T : Tout peut être motif de création. J’ai un intérêt particulier pour la culture des images spécifiques, directes, et faciles à assimiler. Comme dans le Pop Art, qui utilisait dans ses créations la réalité matérielle du quotidien et de la culture populaire, où les gens ordinaires sortaient de la télévision, des revues ou des bandes dessinées, j’essaie de recréer dans mes thèmes et mes images, le traitement du quotidien plutôt que celui de l’épique. Disons que c’est une célébration pleine d’esprit de la société de consommation.

 

Les BRASILEIROS : Comment définiriez-vous votre travail ?

A.T : Il n’existe pas de concept. Je crois dans le « beau ». L’art pour moi doit être beau, agréable à regarder. Il est évident que l’art nous apporte une nouvelle connaissance du monde, mais il n’est pas un discours logique et rationnel, mais intuitif. Je crois que l’art n’est pas obligé de s’expliquer par la logique ou les concepts. Il nous fait simplement sentir, par le moyen une œuvre concrète les autres possibilités crées par l’artiste. Il nous fait refléter et comprendre certains aspects du monde. Dès lors, je ne saurais donc pas comment définir mon travail.

 

Les BRASILEIROS : Pouvez-vous nous expliquer les étapes nécessaires pour réaliser l’un de vos tableaux ?

A.T : Le travail n’est pas simple, il est surtout complexe dans sa réalisation. Je crée les images à partir de milliers de petits carrés de papier, de différentes couleurs, tailles et tons, extraits de revues et de catalogues. Dans la plupart des cas, 5 000 petits carrés de papiers au moins sont nécessaires pour créer un tableau. Ce n’est pas comme la peinture, qui se mélange ici et là pour arriver au ton recherché. Avec le collage c’est plus difficile. Si je veux un ton bleu pour faire un « ciel », j’ai besoin de beaucoup de matière. Mais dans une page de revue, on trouve très peu cette couleur. Aussi il faut utiliser de nombreux magazines, c’est une longue recherche de couleurs pour obtenir le résultat attendu. Après il y a le travail de découpage, puis de « collage » qui est une création en soi. Je ne fais pas de croquis. Je me base sur une petite image et je fais directement mon collage.

 

Les BRASILEIROS : Combien de temps mettez-vous à réaliser un tableau ?

A.T : Entre 4 et 5 jours.

 

Les BRASILEIROS : Vous utilisez, dans certains de vos tableaux, des revues pornographiques pour représenter, notamment, des personnages de fiction qui appartiennent au monde de l’enfance. Est-ce de la provocation ? Qui achète ces tableaux ?

A.T : C’est l’exposition où j’ai vendu le plus de tableaux, en le moins de temps.

Le fait d’utiliser la pornographie s’est situé dans mon matériel de travail même : l’utilisation de revues pornographiques, généralement cachées par tout le monde. Elles restent en général en haut d’une armoire, ou au bas du lit. Et soudain cette « pornographie » qui est un tabou, devenait le centre d’intérêt du mur. C’est un grand paradoxe. Ma première exposition autour de ces tableaux s’appelait “Pornopoética”, et je jouais avec des thèmes plus sérieux comme la vie, la mort, la politique, la religion et la faim. Cette exposition a marqué un changement très important dans ma carrière. J’ai fait une œuvre qui représentait Jésus Christ, réalisée avec des collages de revues pornographiques. Même s’il existait de nombreux messages implicites, il n’y avait rien en soi pour offenser quiconque. Mais l’église catholique n’a pas apprécié et a lancé une polémique. Ce moment là n’a pas été formidable, mais il est derrière moi. Ma dernière exposition est un grand jeu avec des portraits de personnages de dessins animés réalisés avec des revues pornographiques. Elle s’appelle “Cool´Art”, le langage est plus souple et plus gai.

 

Les BRASILEIROS : Quelle est lœuvre que vous avez réalisée qui vous représente le mieux et pourquoi ?

A.T : Je crois que l’ensemble de mes tableaux me représente. Mais si je devais choisir, je choisirai Saint Georges pour mon histoire. Ma dernière relecture de Mona Lisa pour les couleurs. Le tableau d’Homer Simpson pour son caractère divertissant et pornographique, et celui d’Hitler, parce que c’est une œuvre très forte.

 

Les BRASILEIROS : Qui achète vos tableaux ?

A.T : Ils sont très divers. De ceux qui ne font qu’admirer mes tableaux, aux collectionneurs  qui voient mon travail comme un investissement. Parmi mes clients « célèbres », on trouve les entrepreneurs Eike Batista et Felipe Calil, les auteurs de novelas Cristianne Fridman, Ruy Vilhena, la présentatrice Hebe Camargo, les actrices Lilia Cabral et Deborah Secco, le musicien Tico Santa Cruz, en passant par les chanteuses brésiliennes, Ivete Sangalo, Vanessa Da Mata et Preta Gil. Et plus récemment le chanteur Mika, et la pop star Madonna…entre autres.

 

Les BRASILEIROS : Combien cela coûte-t-il d’avoir une œuvre d’Anderson Thives dans son salon ?

 A.T : Entre R$ 6 000 et R$ 35 000.


Les BRASILEIROS : Quels sont vos prochains projets professionnels ?

A.T : J’ai beaucoup de projets prévus pour cette année, notamment différents voyages pour des expositions. Mais mon objectif principal est ma galerie, qui existe depuis deux ans ici à Rio de Janeiro. C’était un de mes rêves qui s’est réalisé, je dois y prêter le maximum d’attention dans le peu de temps dont je dispose. Dans cette période, je ferai également une escale à Paris entre août et septembre.

 

© Propos recueillis par Laurence de Raphelis-Soissan pour Les BRASILEIROS

 

 

INVITATION : “PORTRAITS”, la prochaine exposition d’Anderson Thives, sera dévoilée le 12 avril prochain, de 18H à 22H, dans sa galerie (située au Shopping Cassino Atlântico, à Rio de Janeiro). Entrée libre !

 

 

Mots-clés : , ARTS & CULTURE

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